Il y a quelques semaines, à la suite du discours de politique générale du Premier Ministre, j’avais fait le choix de ne pas lui accorder de confiance a priori, en votant la censure de son gouvernement.
Certains avaient salué cette décision, la qualifiant parfois de courageuse, d’autres l’avaient moins comprise et parfois critiquée. Pour ma part, je demeure pétri de doutes et d’incertitudes quant à la période politique que nous traversons. J’estime que ce n’est pas une faiblesse.
C’est donc en toute humilité et avec la sincérité que vous me connaissez que, comme toujours, je fais le choix de rendre compte de mes décisions et de mes actes politiques.
À la suite de la déclaration de politique générale, j’avais estimé que le « compte n’y était pas », malgré les efforts de négociations entrepris par le Parti Socialiste, qui auront permis d’amoindrir l’ampleur de certains reculs sociaux et je m’en félicite. Ce choix du compromis, je l’assume et le revendique toujours, mais il doit pouvoir faire l’objet d’inflexions réciproques.
Pourtant, force est de constater, plusieurs semaines après, que le compte n’y est toujours pas, et que le projet de budget travaillé cet automne a été aggravé par le Sénat. Puisque le Gouvernement s’est obstiné à ne pas chercher de nouvelles recettes significatives, pour pouvoir concéder d’épargner, dans une certaine mesure, certaines politiques publiques, il a dû opérer dans d’autres secteurs des coupes d’une ampleur inacceptable : travail, emploi, logement, écologie, enseignement supérieur, culture, jeunesse subissent ainsi des coups de rabots austéritaires inédits.
Les « concessions » faites d’une main à la gauche apparaissent instantanément reprises de l’autre.
Ainsi, sur l’éducation, il n’est plus question de supprimer 4 000 postes d’enseignants, mais le coût supplémentaire a été compensé par une suppression à due concurrence du budget alloué à… la formation des enseignants. Le recul gouvernemental sur l’allongement du délai de carence des fonctionnaires ne saurait effacer la réduction de l’indemnisation des arrêts maladies… Sur l’écologie, l’importance des coupes (2,5 milliards) n’a été que trop insuffisamment atténuée par un abondement de 300 millions d’euros du « fonds vert » (destiné aux actions pour la transition écologique menées par les collectivités locales). En matière de pouvoir d’achat, on ne retrouve dans ce budget ni coup de pouce au SMIC ni effort sur la prime d’activité. Enfin, alors que le « conclave » sur les retraites est en cours, son issue demeure à ce stade hautement incertaine.
Ce budget clairement récessif risque d’avoir des conséquences dommageables sur la vie des plus modestes, dans un contexte économique déjà fortement dégradé.
Évidemment, j’ai aussi entendu des représentants de collectivités, des artisans, des TPE et PME, des responsables d’associations caritatives et d’insertion ou d’Ehpad, des agriculteurs qui ont besoin de visibilité et d’un budget pour avancer et ne pas être en difficulté. Ce sera chose faite d’ici quelques jours, les motions de censure de la période n’ayant en définitive aucune chance d’être adoptées.
La stabilité ne peut reposer sur les partis d’opposition, surtout sans « concessions remarquables » de la part du Gouvernement. Je me situe dans l’opposition. Je n’ai pu voter contre ce budget en raison du déclenchement de 49.3 en rafales par François Bayrou. En cohérence avec mon vote de janvier, j’ai fait le choix de la constance de mes choix et de la cohérence avec mes convictions.
D’autre part, l’éthique de conviction m’impose de ne pas passer sous silence la montée en puissance de propos et d’idées réactionnaires, voire racistes, au sein même du Gouvernement et pire encore, dans la bouche du Premier Ministre lui-même. Au-delà de la polémique sur la « submersion migratoire », ce Gouvernement se laisse gangrener par une idéologie mortifère aux antipodes du Front Républicain qui pourtant nous oblige. Le silence ou les protestations molles deviennent complices de la montée de l’extrême-droite. Je ne peux m’y résoudre.
C’est d’ailleurs pour cela, qu’une fois la séquence budgétaire terminée, nous déposerons avec d’autres députés du Nouveau Front populaire, une nouvelle motion de censure contre le gouvernement de François Bayrou. Motion dite « offensive » au titre de l’article 49.2 de la Constitution, et nous appellerons à nouveau à la nomination d’un gouvernement de gauche.
Je considère par ailleurs que la préservation de l’unité de la gauche et des écologistes telle que matérialisée dans le NFP doit perdurer à tout prix et doit prévaloir sur toutes les considérations d’appareil. Aussi, je vais continuer, avec mes collègues et avec vous, à œuvrer pour maintenir l’union et travailler à une offre politique capable de répondre aux enjeux de justice sociale et écologique.
Je persiste et signe : un chemin existe pour la gauche et l’écologie au-delà des personnalités les plus clivantes qui incarnent le passé, qui monopolisent le débat, qui cristallisent les rancœurs des uns et les frustrations des autres.
Aujourd’hui, il n’y avait aucun bon choix à faire. J’ai fait celui que j’estimais le moins mauvais.
Par mon choix, j’estime rester plus que jamais fidèle à la double redevabilité qui m’oblige et à laquelle je dois mon élection de Député de la 1ère circonscription de la Loire, honorant à la fois l’espoir des électeurs de premier tour plus que jamais attachés à l’unité de la gauche autour d’un projet politique de rupture avec le macronisme, et la confiance accordée par les électeurs de second tour au titre du Front Républicain, qui à travers leur vote, m’ont confié le mandat de ne jamais rien concéder à l’extrême droite.
Demain comme aujourd’hui, je vais continuer de travailler localement dans l’intérêt du territoire stéphanois, à l’écoute et au service de toutes et tous, dans le respect de toutes les opinions.

