Colloque relatif à la lutte contre les manipulations de compétitions sportives 

Jeudi 19 juin, j’ai eu le plaisir d’accueillir à l’Assemblée nationale, la 7ème réunion du Groupe de Copenhague, le réseau des plateformes nationales de lutte contre les manipulations de compétitions sportives.

 

Cette rencontre a rassemblé les représentants de plateformes nationales issues de plus de 30 pays, des experts internationaux, ainsi que des acteurs clés du sport, des opérateurs de paris, des autorités judiciaires et policières, des journalistes d’investigation et des entreprises technologiques.

 Il s’agissait de dresser un état des lieux des progrès réalisés depuis dix ans en la matière et d’identifier des solutions concrètes pour améliorer la détection, l’investigation et les sanctions dans les affaires de manipulation de compétitions sportives.

 

Le colloque a notamment permis d’aborder les sujets ci-après :

  • L’évolution du phénomène de manipulation depuis 2015
  • Le rôle de l’intelligence artificielle dans la détection et l’enquête
  • Les formes émergentes de fraude, y compris via les marchés illégaux
  • Les leviers pour renforcer les sanctions disciplinaires et pénales
  • Les coopérations internationales à renforcer notamment avec le Brésil, le Canada, la Chine, les Etats-Unis et le Mexique.

 

Parmi les intervenants du 19 juin :

  • Pierrick Courbon, Député de la Loire
  • Corentin Segalen, Président du Groupe de Copenhague
  • Behshad Behzadi, CTO de Sportradar
  • Pauline Hot, Déléguée générale adjointe de l’Autorité nationale des jeux
  • Nicolas Saydé, Conseil de l’Europe

 

 

Mon intervention liminaire en ouverture du colloque :

Mesdames et Messieurs,

Chères et Chers invités nationaux et internationaux, en vos fonctions et qualités respectives,

Permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter, à toutes et tous, la bienvenue ici à l’Assemblée Nationale, ici où se fabriquent les lois d’aujourd’hui et de demain, et de remercier le Conseil de l’Europe, l’UEFA, la Plateforme française de lutte contre la manipulation sportive, les membres du Groupe de Copenhague et de la Convention de Macolin, de m’avoir sollicité, en ma qualité de parlementaire, pour co-organiser cet évènement. 

Je suis en effet, en tant que passionné de sport, élu d’une ville, Saint-Etienne, qui vit et vibre pour le football, en tant que membre de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation qui traite les questions de sport, particulièrement investi sur les sujets relatifs aux jeux d’argent et de hasard, et notamment aux paris sportifs, à leur régulation, leur fiscalité, à la lutte contre les plateforme de jeux illégales et les problématique connexes de blanchiment d’argent, sans oublier les phénomènes d’addiction, et les thématiques du mécénat, des droits télévisuels et du financement du sport en France.

La question des paris sportifs s’est d’ailleurs invitée comme jamais auparavant, lors des débats budgétaires autour des Projets de Loi de Finances et de Financement de la Sécurité Sociale pour 2025, à travers les sujets de la fiscalité et celui de la taxe affectée au profit de l’Agence Nationale du Sport. Nul doute que nous serons amenés à en reparler fortement dans les prochains mois.

J’avais également proposé, dans le cadre du récent débat parlementaire visant à sortir la France du piège du narcotrafic, plusieurs amendements touchant au domaine des paris sportifs, notamment en ligne, dans le cadre des politiques publiques de lutte contre la criminalité organisée et le blanchiment d’argent.

J’ai en effet invité le Gouvernement à travailler davantage sur l’amélioration de la lutte contre les sites de jeux d’argent et de hasard illégaux non-agréés, ainsi que sur la sensibilisation des joueurs qui les fréquentent… J’ai également plaidé pour renforcer la collaboration entre les opérateurs de jeux et le gendarme financier français TRACFIN, notamment avec la mise en place d’une base de données commune pour l’identification des fraudeurs et le partage d’informations entre opérateurs. De plus, pour optimiser la procédure de déclaration des opérations suspectes, j’ai suggéré que TRACFIN assure un retour d’information systématique sur les signalements réalisés par les opérateurs et qu’une interface de programmation d’application (API) sécurisée soit créée pour permettre le signalement automatisé des déclarations de soupçons.

Hélas, j’ai aussi pu faire le constat que peu de mes collègues parlementaires, tout comme les membres du gouvernement, sont acculturés à la réalité de cet univers particulier, malgré les enjeux financiers qui de développent de façon exponentielle.

Au regard de la thématique de vos travaux de ce jour, concernant la manipulation des compétitions sportives, j’ai été évidemment très intéressé par le récent rapport du Conseil de l’Europe sur les travaux du Groupe de Copenhague. J’ai notamment noté l’ampleur des enjeux et les quelques 733 alertes sur de potentielles manipulations signalées en 2024, dont 37 % de niveau rouge, ce qui souligne la gravité de la situation. Il apparaît même que ce phénomène de manipulation s’étend désormais à de nouveaux pays, comme l’Argentine, l’Inde ou la Malaisie, et touche également de nouvelles disciplines, même si le football reste le plus concerné.

Cette évolution semble liée à plusieurs facteurs, notamment des cadres réglementaires en mutation, des pressions économiques accrues et des dispositifs de surveillance qui pourraient encore être renforcés.

De fait, les réseaux criminels adaptent leurs méthodes, en ciblant des paris plus difficiles à détecter, comme ceux sur les cartons jaunes ou les corners, ce qui rend la lutte contre la manipulation particulièrement complexe. En 2024, par exemple, les paris « over/under » ont représenté plus de 40 % des alertes, avec une forte concentration en Asie, particulièrement dans les compétitions U19.

En Europe, la manipulation autour des cartons jaunes est une source de préoccupation, tandis qu’en Amérique du Sud, l’augmentation des paris suspects sur des événements secondaires est notable. Les matchs amicaux, souvent moins surveillés, restent également très exposés.

Face à ces observations alarmantes et pour endiguer cette menace croissante, vous identifiez plusieurs pistes d’action essentielles. Ces axes incluent la nécessité d’assurer une rémunération adéquate aux acteurs du sport pour réduire leur exposition à la corruption, de renforcer la réglementation des paris pour combler les lacunes actuelles (notamment en supprimant les paris dits « négatifs » et en excluant les paris sur les compétitions de bas niveau), de mener une lutte sans merci contre les plateformes de paris illégaux, de consolider les plateformes nationales spécialisées, et enfin, d’identifier et de démanteler les réseaux criminels par une approche proactive et une coopération internationale renforcée.
Je constate donc avec grande satisfaction que nos diagnostics sont partagés et que nos chantiers convergent. 

Ces défis vont être particulièrement cruciaux alors que se profile l’an prochain la Coupe du Monde de football accueillie au Mexique, aux Etats-Unis et au Canada. Avec un nombre d’équipes qualifiées qui passe de 32 à 48 et une augmentation considérable de la mise moyenne par match, estimée à 3 milliards de dollars, dans un contexte d’hétérogénéité accrue de niveau entre les équipes participantes, cette situation crée un terrain fertile pour les manipulations. De fait, les écarts de niveaux rendent certains matchs particulièrement vulnérables à la corruption et à l’influence des réseaux criminels, notamment sur les marchés des paris sportifs.

En conclusion, pour ma part, et afin de vous laisser démarrer vos travaux, je me permettrai simplement de dire que l’intitulé de ce colloque : « One Step Ahead 2015 – 2025 – 2035 », souligne l’impérieuse nécessité de toujours œuvrer à l’ambition de garder une longueur d’avance sur ceux qui menacent l’intégrité de nos compétitions sportives, ou a minima, de ne pas prendre trop de retard sur ces derniers.

Je vous suis profondément reconnaissant de votre présence aujourd’hui, qui témoigne de notre engagement commun pour l’intégrité du sport.

Contrairement aux évolutions de la criminalité organisée, le temps parlementaire n’est pas toujours réputé pour sa célérité, mais vous comptez sur ma détermination pour faire avancer les sujets qui seront mis en exergue par vos travaux et vos échanges de ce jour.

Je vous souhaite, Mesdames et Messieurs, un excellent colloque.

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