Tribune : Ouvrir le débat sur l’adaptation des conditions de travail face au changement climatique

Avec 25 collègues députés, et à l’initiative de Stéphane Viry, député des Vosges, nous avons publié une tribune transpartisane dans Le Télégramme, qui appelle à repenser la question de l’adaptation des conditions de travail face au changement climatique et aux épisodes de canicule.

Nous demandons notamment l’inscription de l’écoute des travailleurs dans le droit du travail.

Voir la tribune Le Télégramme 

Le travail tel que nous le connaissons ne peut plus rester indifférent aux effets du dérèglement climatique. Ce que l’on qualifiait encore récemment d’épisodes exceptionnels est en train de devenir une norme.

Dans les champs, sur les chantiers, dans les établissements de santé, les entrepôts, les écoles, la chaleur extrême affecte la santé, la concentration, la sécurité et la productivité de millions de travailleurs. Et pourtant, cette problématique reste largement absente des débats politiques.

« Ouvrir un débat ambitieux sur l’adaptation du travail au changement climatique »

Il est temps de changer de perspective. Le stress thermique est devenu un risque professionnel à part entière. Il a un coût humain, avec des effets sur la santé qui vont bien au-delà de l’inconfort. Il a un coût social, car les travailleurs les plus précaires – souvent les plus exposés – en sont les premières victimes. Il a un coût économique, avec des pertes de productivité significatives et une désorganisation croissante dans certains secteurs. Et pendant ce temps, le cadre juridique reste largement inadapté.

Face à cette réalité, il faut passer d’une culture de l’urgence à une culture de la prévention et de l’adaptation. Cela suppose d’ouvrir un débat ambitieux sur l’adaptation du travail au changement climatique, et d’en tirer des propositions concrètes, applicables et ambitieuses.

Inscrire l’écoute active des travailleurs comme 10ᵉ principe de prévention

La première mesure structurante que nous devons inscrire dans notre droit du travail est l’écoute active des travailleurs comme 10ᵉ principe de prévention. Cette idée, au cœur d’une proposition de loi que j’ai co-déposée avec mon collègue Dominique Potier et rédigée avec Astrid Panosyan-Bouvet lorsqu’elle était députée, est encore absente du Code du travail. Issue des assises du travail et du rapport Sénard-Thiéry, cette proposition permettrait de renforcer la capacité des salariés à alerter, proposer, adapter, à partir de leur propre expérience du terrain.

Il ne s’agit pas de freiner l’activité économique, ni d’imposer une norme uniforme à tous les secteurs. Il s’agit de protéger, d’anticiper, d’accompagner. D’agir non pas sous la contrainte des températures extrêmes, mais dans une logique de responsabilité, de justice et d’efficacité.

Le dérèglement climatique redéfinit les équilibres fondamentaux du monde du travail. Il nous impose d’agir avec lucidité. Prévenir plutôt que subir, écouter plutôt que décréter, anticiper plutôt que réagir : telle est la voie que nous devons ouvrir ensemble.

Premiers signataires :

Stéphane Viry, Delphine Lingemann, François Ruffin, Moerani Frébault, Océane Godard, Béatrice Bellay, Christine Le Nabour, Stéphane Lenormand, Constance de Pélichy, Jean-Pierre Bataille, Max Mathiasin, Laurent Panifous, Dominique Potier, Nicolas Bonnet, Sandrine Le Feur, Pierrick Courbon, David Taupiac, Julien Dive, Paul Molac, Harold Huwart, Laurent Mazaury, Josiane Corneloup, Salvatore Castiglione, Paul André Colombani, Sophie Thiery (Présidente de la commission Emploi/Travail du CESE, corédactrice des Assises du travail).

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