Près d’un salarié aidant sur deux s’est déjà vu prescrire un arrêt maladie au cours de l’année, soit dix points de plus que l’ensemble des salariés. Un chiffre qui témoigne de l’épuisement auquel sont exposées celles et ceux qui accompagnent un proche tout en poursuivant leur activité professionnelle.
Avec mon collègue député de Gironde Sébastien Saint-Pasteur, nous avons co-écrit une proposition de loi pour renforcer les droits des aidants, améliorer leurs possibilités de congé et faciliter les aménagements de leur travail. Celle-ci a été officiellement déposée auprès de la Présidence de l’Assemblée le 6 octobre dernier, à l’occasion de la Journée nationale des aidants.
En France, entre « 8 et 11 millions de personnes soutiennent un proche en perte d’autonomie pour des raisons liées à l’âge, à un handicap, à une maladie chronique ou invalidante ». Ce rôle, pourtant indispensable à notre société, n’est souvent pas choisi : il s’impose au fil des aléas de la vie et fait peser une charge lourde sur celles et ceux qui le remplissent, parfois au détriment de leur propre santé. Ces situations pèsent immanquablement aussi bien sur la santé physique que psychique des aidants.
Quelques chiffres sont éclairants sur la situation des aidants en France : « 60 % des aidants sont des femmes et ce chiffre augmente dans l’accompagnement des pathologies les plus lourdes » ; « plus de 700 000 jeunes de 16 à 25 ans sont aidants ou co‑aidants » ; « 57 % des aidants se sentent seuls face à ce qu’ils vivent et 85 % d’entre eux se consacrent moins à leur vie sociale » ; « 1 aidant sur 5 a eu des pensées suicidaires ».
Ces statistiques montrent que l’ensemble de la population est concerné, mais que les femmes et les jeunes prennent une part importante de cet effort. Ils illustrent également le mal‑être et les doutes des aidants, qui se sentent souvent démunis face aux pathologies des proches qu’ils accompagnent, et ont bien souvent l’impression qu’ils ne sont pas soutenus, ni pris en considération.
Souvent vécue comme un acte naturel, la situation d’aidance n’en constitue pas moins une lourde charge physique, psychologique et financière. Le manque de reconnaissance vient s’ajouter à ces sentiments d’isolement et de solitude.
Pour les aidants en activité, ces difficultés s’ajoutent aux obligations professionnelles. « 68 % des aidants ont une activité professionnelle et 8 salariés sur 10 ont du mal à concilier activité professionnelle et l’accompagnement d’un proche ». Les témoignages recueillis décrivent la fatigue au travail, la réduction du temps de travail, les pertes de revenus et les renoncements professionnels. Avec des carrières professionnelles de plus en plus longues et le virage domiciliaire de l’aide à la personne, les aidants actifs se retrouvent donc au cœur d’un phénomène social qui nécessite des réponses de la part des pouvoirs publics.
Dans ce contexte, notre proposition de loi vise spécifiquement à soutenir les aidants actifs.
Le vieillissement structurel de la population française, l’essor de certaines pathologies lourdes et les besoins d’accompagnement des personnes en situation de handicap conduit indéniablement à une augmentation des besoins en accompagnement. Parallèlement, le report de l’âge légal de départ à la retraite conduit logiquement au maintien plus tardif des salariés en activité, ce qui augmente donc significativement le nombre d’aidants actifs, tout en dégradant leurs propres conditions de santé. Il est donc nécessaire de mieux reconnaître cette catégorie d’aidants qui va continuer de croître, tout en proposant des solutions et des dispositifs adaptés à leur situation, entre monde professionnel et accompagnement au quotidien de leurs proches.
Il est aujourd’hui temps d’agir pour les aidants actifs.

