Programmation pluriannuelle de l’énergie : des orientations insuffisantes pour atteindre nos objectifs climatiques

Ce jeudi 12 février, le Premier ministre a enfin présenté le contenu de la 3ème programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3). Après quatre années de tergiversation et de procrastination, cette feuille de route énergétique présentée par un simple décret, était grandement attendue.

 

En 2019, il avait été prévu qu’une loi de programmation pour l’énergie et le climat, fixant la stratégie globale de la France après un débat au Parlement, soit adoptée au plus tard le 1er juillet 2023… Il n’en a rien été. Ce passage par décret exprime une nouvelle fois la volonté de contourner le Parlement et la représentation nationale, pour ce sujet majeur d’avenir qu’est l’énergie.

 

Depuis 2017, la politique énergétique de la France navigue sans cap clair, entre incertitude sur les investissements pour les énergies renouvelables, absence de courage face aux discours populistes de l’extrême droite sur les éoliennes ou le photovoltaïque, et rêverie avec le fantasme du tout nucléaire. Cette absence de cap a malheureusement eu des conséquences concrètes : elle a privé les acteurs du secteur de la visibilité dont ils ont besoin, mis en péril des investissements et des projets et conduit à l’anéantissement de dizaines de milliers d’emplois.

 

Face à cela, et dans la perspective d’une grande loi de programmation énergétique que le Gouvernement n’a jamais eu le courage d’inscrire à l’ordre du jour du Parlement, nous avions avec mes collègues du groupe “Socialistes et apparentés” présenté l’année dernière, notre stratégie énergétique autour de trois priorités claires :

– une décarbonation énergétique rapide afin de respecter nos objectifs climatiques, de sortir de nos dépendances aux énergies fossiles et d’assurer ainsi notre souveraineté face aux États dont nous les importons,

– une priorité donnée au pouvoir d’achat des Françaises et des Français en choisissant un mix énergétique équilibré tirant le meilleur bénéfice des avantages du nucléaire et des renouvelables, une accélération de l’électrification des usages afin de décarboner notre économie, d’accompagner la montée en puissance des renouvelables et se libérer de la volatilité des prix du pétrole et du gaz.

Malheureusement, malgré un objectif affiché ambitieux (passer de 42 % de consommation d’énergie décarbonée en 2023 à 60 % en 2030), ce décret ne donne pas pleinement les moyens à notre pays d’assurer sa transition énergétique et de retrouver son autonomie dans ce champ.

 

Sur les énergies renouvelables, si nous avons réussi à écarter la perspective d’un moratoire, nous regrettons la faiblesse des objectifs en matière de photovoltaïque et d’éolien off-shore et terrestre. En refusant de prendre pleinement le virage des énergies renouvelables, notre pays s’inscrit malheureusement à contre-courant d’une tendance mondiale. Nous aurons très certainement à le regretter d’ici quelques années, où la décarbonation ne sera plus un choix, mais bel et bien une obligation.

Sur le nucléaire, je conçois que la prolongation du parc actuel jusqu’à 60 ans d’exploitation et le lancement de six nouveaux réacteurs, sont des dispositions pour atteindre nos objectifs de décarbonation et bénéficier d’une énergie stable et abordable pour les consommateurs et les entreprises. Toutefois, je considère qu’aucune décision de grande ampleur à ce sujet ne doit être prise avant l’élection présidentielle de 2027 afin que les Françaises et les Français tranchent cette question.

L’autre enjeu de notre stratégie énergétique est l’électrification des usages, afin de décarboner notre économie et d’accompagner la montée en puissance des énergies renouvelables. Malheureusement, le Gouvernement a pris beaucoup de retard sur ce point et notre pays est aujourd’hui confronté à un surplus de production électrique.

Le Gouvernement a annoncé un grand plan d’électrification des usages pour mai prochain. Pour cela, il ne peut pas continuer sa politique du stop and go sur MaPrimeRenov ou sur les aides à l’achat de véhicules propres.

 

Il faut massifier et simplifier, nous porterons des propositions dans ce sens lors du prochain budget pour l’année 2027.
Enfin, nous appelons le Gouvernement à maintenir l’effort en faveur des autres énergies renouvelables marines, en faveur de l’utilisation de la chaleur et du gaz renouvelable ainsi que de l’hydroélectricité.
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