Il y a dix ans, la France faisait un choix historique et courageux : celui d’abolir le système prostitutionnel. Portée par un gouvernement socialiste, la loi du 13 avril 2016 a marqué une rupture fondamentale en affirmant un principe clair : la prostitution n’est ni un métier, ni une fatalité, c’est une violence.
En tant que Socialiste, je suis fier de cette loi. Fier d’avoir contribué à faire basculer la responsabilité du côté des clients et des proxénètes et non plus des personnes prostituées. Fier d’avoir supprimé le délit de racolage, qui pénalisait injustement les victimes. Fier, surtout, d’avoir posé les bases d’une politique publique d’accompagnement vers la sortie de la prostitution.
Cette loi repose sur un modèle équilibré et ambitieux :
● Pénaliser l’achat d’actes sexuels ;
● Renforcer la lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains ;
● Protéger les victimes en les reconnaissant comme telles ;
● Et mettre en place des parcours de sortie de la prostitution (PSP), accompagnés d’un soutien psycho-social, professionnel et financier.
Le cadre juridique a été pleinement validé par le Conseil constitutionnel, saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité. Dans sa décision du 1er février 2019, celui-ci a jugé conforme à la Constitution la pénalisation de l’achat d’actes sexuels, estimant qu’elle poursuivait un objectif d’intérêt général de lutte contre l’exploitation des personnes prostituées ainsi que contre la traite des êtres humains. Cette décision a ainsi consacré la solidité juridique du modèle abolitionniste français.
Le 25 juillet 2024, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a, à son tour, jugé ce dispositif conforme à la Convention européenne des droits de l’Homme.
Les résultats sont là. Depuis 2016, aucune personne prostituée n’a été condamnée pour racolage, alors qu’elles étaient près de 2 000 chaque année auparavant. Les enquêtes pour proxénétisme et traite ont augmenté de 54 % dans les premières années. Des millions d’euros ont été confisqués aux réseaux et réinvestis dans la protection des victimes.
Mais dix ans après, le constat est sans appel : cette loi est insuffisamment appliquée. Le débat juridique est tranché. Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas le droit : c’est la volonté politique.
Aujourd’hui, ce n’est pas le cadre législatif qui fait défaut. C’est la volonté politique.
Seules 40 % des commissions départementales de lutte contre la prostitution se sont réunies au moins une fois en 2023. Ce sont pourtant elles qui désignent les personnes en situation de prostitution pouvant bénéficier d’un parcours de sortie de la prostitution. À peine 1 624 personnes étaient accompagnées en 2025, et seulement 449 ont effectivement accédé à un parcours de sortie. Pendant ce temps, les associations estiment qu’il en faudrait au minimum 4 000 par an.
Dans un pays où l’on compte près de 40 000 personnes en situation de prostitution, c’est dérisoire.
Pire encore, dans certains territoires, les préfectures détournent l’esprit de la loi en notifiant des obligations de quitter le territoire français (OQTF) à des femmes étrangères ayant essayé de s’engager dans un parcours de sortie. Comment prétendre protéger, tout en expulsant ?
De la même manière, la pénalisation des clients reste trop faible, avec environ 1 300 verbalisations par an. Si nous mettions autant de moyens dans la lutte contre le système prostitutionnel que dans celle contre les stupéfiants, les résultats seraient sans commune mesure.
J’appelle à un sursaut. Car derrière les chiffres, il y a des vies.
97 % des victimes sont des femmes.
La prostitution n’est pas une activité comme une autre. C’est une violence systémique. Et cette violence change de visage : elle frappe désormais de plein fouet les mineures.
Aujourd’hui, 15 000 enfants seraient victimes de prostitution en France. En huit ans, le nombre de victimes mineures d’exploitation sexuelle a augmenté de 140 %.
Ces victimes sont de plus en plus jeunes : 12 ans parfois, 15 ans en moyenne. Et 87 % sont françaises.
Nous assistons à une mutation profonde : une prostitution qui se développe sur les réseaux sociaux, qui cible les mineures, notamment celles issues de l’aide sociale à l’enfance (ASE) et qui repose sur des proxénètes violents, souvent déjà impliqués dans d’autres activités criminelles.
Ces jeunes filles ne sont pas “libres”. Elles sont vulnérables, en quête de repères, d’affection, d’émancipation. Elles sont piégées dans un système d’exploitation qui les détruit.
Face à cela, l’inaction n’est plus acceptable.
Avec le Parti Socialiste, j’appelle à :
● Un renforcement massif des moyens pour les forces de l’ordre et la justice ;
● Une application stricte de la pénalisation des clients ;
● Un déploiement réel des parcours de sortie ;
● Une mobilisation nationale contre la prostitution des mineurs.
Car il faut le dire clairement : la prostitution n’est pas la liberté des femmes à disposer de leur corps. C’est la liberté des hommes d’acheter le corps des femmes.
Nous ne pouvons pas l’accepter. Le corps humain n’est pas une marchandise. Encore moins celui des femmes et des enfants.
Dix ans après, le combat abolitionniste reste plus que jamais d’actualité.
Je continuerai de le mener, avec force et détermination.

