Non au retour des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles !

Nous débutons ce mardi 6 mai, en commission du développement durable, l’examen de la proposition de loi “visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur”, dite PPL Duplomb.

Sous couvert de répondre au malaise agricole, ce texte prévoit des mesures éminemment régressives sur les plans écologiques et sanitaires, notamment avec la réautorisation de certains pesticides. Aussi, je serai particulièrement mobilisé pour le combattre, avec mon groupe, aussi bien en commission qu’en séance publique.

Lors de son adoption au Sénat, la majorité sénatoriale a clairement donné la priorité aux considérations économiques de court-terme, en réouvrant la possibilité d’autoriser, par décret, dès lors que les « alternatives disponibles à l’utilisation de ces produits sont inexistantes ou manifestement insuffisantes », l’utilisation de ces insecticides tueurs d’abeilles.
Étant moi-même apiculteur amateur, je connais assez bien le sujet particulier des néonicotinoïdes et plus globalement, l’ensemble des menaces qui pèsent sur les pollinisateurs.

La filière apicole est unanime sur les constats qu’elle dresse quant à l’impact des néonicotinoïdes sur les populations d’abeilles et les effets de ces derniers sur l’ensemble de la chaîne alimentaire et la santé humaine sont par ailleurs largement documentés scientifiquement depuis de nombreuses années.  Ainsi, l’acétamipride, revendiqué notamment par la filière noisette, a été qualifié par le directeur scientifique agriculture de l’INRAE, Monsieur Christian Huyghe, de « chlordécone de l’Hexagone ».

Plus que les phénomènes d’intoxication aiguë, c’est surtout la toxicité chronique de ces produits qui engendre le plus de conséquences. Il a par ailleurs été démontré qu’ils peuvent contaminer des parcelles non traitées, et que le seul traitement de semences suffit à rendre la végétation toxique, même sans pulvérisation, notamment par phénomène de guttation.  Aujourd’hui, il serait impératif de soutenir davantage la recherche, pour que des alternatives aux pesticides puissent être découvertes. Mais ce sont ceux-là mêmes qui veulent réintroduire les néonicotinoïdes qui multiplient les attaques contre l’INRAE et les autres agences scientifiques en charge de les développer…

Plus largement, je considère qu’on ne peut légiférer en ignorant la science et le législateur ne saurait accepter la prévalence d’intérêts économiques sur les faits scientifiques. L’interdiction prononcée antérieurement n’était en effet pas le fruit de considérations partisanes, mais bien de constats scientifiques dont on veut aujourd’hui s’affranchir. Cette « marche arrière » en toute connaissance de cause est inacceptable. Sur le plan de la souveraineté alimentaire, il n’est pas non plus entendable de prétendre préserver telle ou telle filière agricole, au détriment d’une autre.

Au-delà de ce texte, je me suis saisi plus largement des questions apicoles dans le cadre de mon action parlementaire, au regard de l’importance des enjeux liés à l’effondrement des populations d’abeilles, tant pour les productions agricoles que pour nos écosystèmes. J’ai d’ailleurs créé, à l’Assemblée nationale, un groupe d’études transpartisan « Abeilles et apiculture » et interviens régulièrement sur les problématiques liées : lutte contre le miel frelaté, prolifération du frelon asiatique…

À ce titre, j’ai tenu à dénoncer, le 6 mars dernier, la parfaite hypocrisie de certains collègues qui se sont donnés bonne conscience, à l’occasion de l’examen de la proposition de loi visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole, en soutenant un tel texte, tandis qu’ils s’apprêtent à voter une réautorisation d’insecticides qui aurait de terribles répercussions sur les populations de pollinisateurs.

Verbatim de mon intervention : 

Merci, M. le Président. Je vais intervenir en défense de l’ensemble de ces amendements de suppression et répondre en creux à notre collègue sur la question spécifique des néonicotinoïdes. Déjà, dire que quand nous avons décidé de les interdire, ce n’était pas le fruit de considérations partisanes, une lubie temporaire, c’est qu’à un moment donné on a considéré que la littérature scientifique était suffisamment abondante, suffisamment riche et suffisamment précise, pour démontrer bien évidemment la toxicité de ces produits, non seulement pour les abeilles, mais pour l’ensemble de la chaîne alimentaire, mais aussi pour la santé humaine. On a un certain nombre de travaux qui ont démontré un certain nombre de de logique de cancers, de diminution de fécondité, de contamination in utero avec l’acétamipride en particulier qui, s’il est l’un des néonicotinoïdes « les moins dangereux » pour la biodiversité, est l’un des plus dangereux pour la santé humaine. Et donc aujourd’hui, on propose de faire marche arrière en toute connaissance de cause, parce qu’en quelques années, les faits scientifiques n’ont pas changé. Bien au contraire. Et donc, on ne peut pas légiférer en toute connaissance de cause, contre la science. On ne peut pas non plus accepter d’avoir une sorte de prévalence d’intérêts économiques, fussent-ils légitimes, vis-à-vis des faits scientifiques sur lesquels nous nous basons. Ça, c’est le premier point. Le deuxième point, pour répondre particulièrement à notre collègue, sur la question de la défense d’un certain nombre de filières agricoles. Aujourd’hui, ce que vous proposez, c’est une très mauvaise réponse à un vrai problème. Mais ce que vous proposez, c’est que pour vouloir prétendre défendre une ou des filières (la noisette, la question de la betterave…), vous proposez d’accepter d’en tuer une autre ! Dans quelle logique la défense d’un type d’agriculture, d’une production agricole, peut se faire au détriment d’une autre, parce que l’apiculture est aussi une production agricole qui doit pouvoir se respecter, parce que ce que vous avez expliqué sur le sucre, on peut dire exactement la même chose sur les miels. Et puis j’en termine, dernier point, pour dénoncer l’hypocrisie d’un certain nombre de nos collègues, qui hier nous expliquaient, notamment pour défendre l’économie générale du texte, que ce texte était indispensable pour nos agriculteurs, mais que finalement ce n’était pas un vrai problème pour la filière apicole. Vous avez voté à l’unanimité, il y a quelques semaines, la main sur le cœur, un texte visant à préserver la filière apicole et lutter contre le frelon asiatique. Et aujourd’hui, avec ce même texte, vous allez simplement tuer la filière apicole. Donc je vous appelle à un peu de cohérence.

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