« Je regrette que vous ayez plus parlé des vertus éducatives des petites claques que dénoncé la violence inacceptable des crimes commis à Bétharram » : mon échange avec François Bayrou

Ce mercredi 14 mai, dans le cadre des travaux de la Commission d’enquête parlementaire sur « les modalités du contrôle par l’Etat et de prévention des violences dans les établissements scolaires publics et privés », nous avons auditionné le Premier Ministre sur sa gestion du dossier  « Bétharram », au titre des différentes fonctions qui ont été les siennes, et au delà, sur son rapport personnel au sujet des violences faites aux enfants.

 

Lors d’un long travail avec la commission, à l’occasion duquel nous avons notamment rencontré les représentants des différents collectifs de victimes en mars, et plusieurs dizaines d’autres acteurs depuis, nous avons pu établir le caractère systémique de ces violences dans l’établissement de Bétharram et ailleurs.

 

Cette affaire, se déroulant dans un lycée où étaient scolarisés ses enfants et où travaillait sa femme, interroge directement l’inaction et la responsabilité de François Bayrou dans les différentes fonctions qu’il a exercées. Alerté, il n’aurait pourtant pas donné les suites appropriées aux signalements, alors que son rôle à l’époque de Ministre de l’Éducation Nationale l’y obligeait.

Encore pire, il a régulièrement changé de version devant la Représentation nationale, au gré des différentes révélations de la presse, arguant un temps n’avoir jamais été mis au courant d’actes de violence, puis affirmant qu’il aurait commandé un rapport d’inspection dès 1996…

L’audition de l’actuel Premier Ministre avait donc pour but d’établir quelle éventuelle responsabilité M. Bayrou détient dans le silence, voire l’omerta, autour du cas Bétharram et de justifier son inaction face aux violences qu’ont subies pendant des années les enfants scolarisés dans cet établissement. 

Face à ces constats et aux contradictions relevés par la commission, François Bayrou a choisi de botter en touche durant la grande majorité de son audition, préférant s’attaquer à la professeure et lanceuse d’alerte Françoise Gullung, qui affirme l’avoir alerté dès 1995 sur les sévices existant au sein de l’établissement.

Depuis cette audition, le collectif des victimes a produit un document qui contredit (une fois encore) les propos de M. Bayrou, fragilisant davantage les explications du Premier Ministre. 

Plus largement, François Bayrou a préféré accuser la commission de conduire un travail orienté, au travers d’échanges tendus avec le co-rapporteur, notamment, lui permettant d’éviter de répondre aux questions pourtant précises de notre organe de travail transpartisan. Face à cette stratégie, de nombreuses associations de victimes se trouvent lésées, François Bayrou allant jusqu’à sous-entendre que c’est aussi en partie grâce à sa médiatisation que l’on évoque aujourd’hui le sujet des victimes de Bétharram…

A travers ses propos, le Premier Ministre a en outre semblé banaliser la violence physique, en évoquant le concept de “claque non-violente” ainsi que de “violence éducative”.

Ma question a donc porté sur la pertinence du jugement de M. Bayrou lorsqu’il était Ministre de l’Éducation nationale, notamment sur sa prise de recul entre ses valeurs personnelles et les devoirs qui lui incombaient en tant que Ministre. 

Face à la profonde gravité de l’affaire, je continuerai d’œuvrer à travers la commission et reste plus que jamais aux côtés des collectifs de victimes, afin que lumière soit faite et que justice soit rendue aux enfants de Bétharram, mais surtout dans le but que d’autres crimes de ce type ne puissent se reproduire à l’avenir dans quelque établissement scolaire que ce soit.

Ma question à François Bayrou :

Verbatim de mon intervention :

Merci Madame la Présidente, Monsieur le Premier Ministre, moi je regrette les accusations que vous avez portées à l’endroit du travail de notre commission et le fait que vous ayez finalement plus parlé de vous et des vertus éducatives des petites claques, que dénoncé la violence inacceptable des crimes qui ont été commis à Bétharram et prononcer des mots pour les victimes, des mots de compassion.

Les violences faites aux enfants laissent hélas entrevoir une part de subjectivité dans la gradation et dans l’appréciation de ces violences par rapport à sa propre échelle de valeur et je veux bien concevoir que nous n’avons pas forcément les mêmes.

L’objectif de notre travail, c’est de protéger les enfants des violences et de mieux contrôler les établissements, alors ma question est simple, est-ce que les valeurs du citoyen François Bayrou, qui peut finalement concevoir qu’un certain nombre de châtiments corporels relèvent d’une éducation à la rude avec un certain nombre de punitions qui peuvent avoir des vertus, est-ce que ces valeurs-là du citoyen Bayrou ont pu aveugler ou influencer le Ministre de l’Éducation François Bayrou qui ne pouvait, lui, pas accepter l’idée même de l’existence de ces châtiments corporels quand bien mêm ceux-ci auraient été acceptables pour le citoyen François Bayrou.

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