Je suis intervenu ce matin sur les ondes d’Ici Saint-Etienne Loire, pour évoquer les deux actualités majeures de cette semaine à l’Assemblée nationale.
J’ai rappelé d’une part mon plein et entier soutien aux deux lois relatives à la fin de vie, examinées ces 15 derniers jours, dont le vote solennel aura lieu demain. Nous nous prononcerons en effet sur deux textes, l’un concernant la généralisation de l’accès aux soins palliatifs, et l’autre sur la création d’un « droit à mourir », strictement encadré.
Je suis par ailleurs revenu sur l’examen qui débute aujourd’hui en séance publique de la loi visant à « lever les entraves au métier d’agriculteur », dite « loi Duplomb », du nom de son auteur, et notamment ses dispositions les plus contestées, comme la réautorisation d’insecticides tueurs d’abeilles, ou la facilitation des projets de méga-bassines.
J’ai notamment vigoureusement dénoncé la manœuvre parlementaire que s’apprête à effectuer le bloc central, avec le soutien de l’extrême-droite, consistant à faire rejeter d’emblée l’ensemble du texte afin qu’il ne soit même pas débattu. Celui-ci poursuivrait alors son chemin législatif dans le huis-clos d’une commission mixte paritaire. Ce serait pour moi un véritable déni de démocratie et un manque de courage de la part des défenseurs du texte, qui apparaîtraient ainsi incapables de défendre leurs positions au grand jour, devant la Représentation nationale et donc devant l’ensemble des Français.
Vous pouvez retrouver ci-dessous l’intégralité de nos échanges :
ICI Saint-Étienne Loire – Vous étiez à l’Assemblée encore ce weekend pour étudier le texte sur la fin de vie qui sera soumis au vote demain en même temps que le texte sur le renforcement des soins palliatifs. Il y a une inquiétude, une colère parfois chez une partie de la population qui assimile ce texte à une extrême violence. Vous restez convaincu de son bien fondé ?
Pierrick Courbon, député PS de la Loire – Évidemment, je suis convaincu de la nécessité de faire évoluer la loi, c’est une attente sociétale forte. On a plus de 80% des Français qui attendent que l’on puisse partir dans la dignité. C’est le cas avec les deux textes que nous allons voter et que je vais voter demain. A la fois la généralisation des soins palliatifs puisqu’on a aujourd’hui 22 départements qui en sont dépourvus et ça doit être la réponse primordiale pour une fin de vie digne. Il y a un certain nombre de cas aujourd’hui où la médecine n’arrive pas à répondre aux douleurs à la fois physiques et psychologiques et à assurer une fin de vie dans la dignité. C’est avec ce droit à l’aide à mourir que nous avons créé dans la loi que nous allons pouvoir rendre cette possibilité effective de manière extrêmement encadrée. Il y a des critères qui sont très précis, définis dans la loi. Chaque mot a été pesé, nous avons débattu pendant plusieurs dizaines d’heures pour aboutir, je le crois, à un texte relativement équilibré. Jose peut-être même dire assez consensuel. En tout cas il devrait recueillir une majorité à l’Assemblée nationale pour poursuivre son parcours parlementaire.
Consensuel, ça veut dire qu’il aurait pu aller encore plus loin ?
A titre personnel, moi je faisais partie de ceux qui auraient aimé qu’on aille plus loin, en particulier par exemple sur la question de la prise en compte des directives anticipées ou sur la notion du tiers de confiance quand on n’est plus soi-même en capacité de manifester sa volonté de mourir. Mais il a fallu trouver des points d’équilibre pour que ce texte puisse recueillir une majorité parce que je pense que les Français attendent une évolution concrète de la loi rapidement.
Un texte encore plus controversé va être étudié cet après-midi. Celui du sénateur de Haute-Loire Laurent Duplomb, sénateur LR, qui veut lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur notamment en réintroduisant certains insecticides. Colères de médecins, de scientifiques, d’apiculteurs dont vous faites partie. Vous avez une trentaine de ruches. Qu’est-ce qui vous inquiète ?
Je raisonne aussi en tant que citoyen par rapport à la non prise en compte des faits scientifiques dans ce texte de loi qui, sous couvert de vouloir répondre au malaise agricole privilégie des réponses court-termistes au service d’un modèle agricole qui aujourd’hui est déjà à bout de souffle, un modèle productiviste. Ce qui m’inquiète, c’est qu’on est en train de légiférer contre l’effet scientifique. Quand nous avions fait le choix en France il y a une dizaine d’années d’interdire ces insecticides tueurs d’abeilles, les néonicotinoïdes, nous ne l’avions pas fait par lubie partisane mais bel et bien parce que la littérature scientifique a montré la dangerosité de ces produits, non seulement pour les abeilles, mais pour l’ensemble des pollinisateurs, pour l’ensemble de la chaîne alimentaire et surtout pour la santé humaine.
Laurent Duplomb, dit qu’il faut qu’il y ait une concurrence loyale, notamment avec les autres agriculteurs européens. Comment peut-on arranger les choses si on ne passe pas par ce qu’il propose ?
Il se trompe de combat, bien évidemment. Je comprends les agriculteurs qui disent qu’on leur interdit d’utiliser des insecticides qu’on retrouve sur le marché dans d’autres pays européens. Je dis qu’il ne faut pas vouloir niveler par le bas nos normes environnementales, tout comme nos normes sociales. Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est qu’au motif de préserver une ou deux filières agricoles, en particulier la betterave et la noisette, on s’apprête à tuer une filière agricole qui compte, l’apiculture, avec des milliers de professionnels qui aujourd’hui sont aussi à bout de souffle et tirent la sonnette d’alarme.
Le débat n’aura peut-être pas lieu cet après-midi à l’Assemblée nationale, avec une motion de rejet qui va être déposée par le centre et la droite. C’est une manière de contourner les milliers d’amendements qui ont été déposés. C’est une stratégie politique comme une autre ?
C’est absolument scandaleux, parce que c’est relativement inédit, en tout cas ces dernières années, que des partisans d’un texte déposent finalement ce qu’on appelle une motion de rejet pour saborder leur propre texte et faire en sorte qu’il ne soit pas examiné à l’Assemblée Nationale. Pour que le débat ne se fasse pas devant les Français, aux yeux de tout le monde, mais finalement dans le huis clos d’une commission mixte paritaire. Je pense qu’ils ont peur d’assumer les positions qui sont les leurs. Nous allons dénoncer ce tour de passe-passe parlementaire avec force et vigueur, parce qu’il faut assumer en toutes circonstances ces positions. Là ils vont évidemment essayer de trouver une voie détournée.
Loi Duplomb : manœuvre politique "scandaleuse" pour Pierrick Courbon, député PS de la Loire
L'Assemblée se penche sur le texte du sénateur de Haute Loire Laurent Duplomb qui veut lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur. Colère de médecins, de scientifiques et d'apiculteurs. Et des élus d'opposition.

